« 18 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 149-150], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9005, page consultée le 25 janvier 2026.
18 mai [1840], lundi soir, 7 h. ½
Croirais-tu, mon pauvre bien-aimé, que je viens de finir seulement à présent
tous mes tripotages de ménage, de blanchisseur, de tisanea, de savonnage, de peignage et
de débarbouillage ? C’est cependant bien vrai et encore je ne me suis pas
amusée. J’espère que tu vas venir tout à l’heure dîner avec moi et cette pensée
me rend toute guillerette et me donne appétit ; et puis si tu me manquesb je serai triste et grognon et
je mangerai mal. Tâche de venir mon cher petit amoureux. J’ai bien savonné vos
chaussettes mais il est urgent d’en avoir d’autres parce qu’à ce métier-là
elles ne dureraientc
pas longtemps et qu’on aurait d’ailleurs pas le temps de les entretenir dans
l’intervalle d’un jour à un autre. Oh ! ça, mon Toto, est-ce que vous comptez
me laisser longtemps cet entrepôt de stupidité sur ma cheminée ? J’en ai déjà
bien assez dans ma tête sans en avoir encore sur ma cheminée. Je ne vous écris
qu’à la condition que vous me débarrasserez de mes gribouillis au fur et à
mesure que je les ferai sinond je rengaine mes compliments, mes cuirs et mes bêtises. Je n’ai
pas envie moi de me mettre en frais pour rien. Aussi c’est dit si vous
n’emportez vos gribouillis ce soir je m’abstiendrai de vous en faire demain.
Voilà huit jours juste que vous me les laissez sur le dos et voilà tout autant
que je n’ai mis le pied dans la rue, comment voulez-vous après ça que je n’aie
pas de maux de tête, hein ? Taisez-vous et venez me baiser tout de suite.
J’ai vu Mme Besancenot tantôt qui toute triomphante venait me parler du
blanchisseur mais surtout pour me dire que son mari allait lui donner un châle
d’été pour sa fête. Heim ! heim ! heim ! Heureusement que je suis en avance
pour mon CADEAU car sans cela j’étais écrasée du poids de la galanterie et de
la générosité de Besancenot, Besancenot, Besancenot, BESANCENOT. Mais ce
qu’elle n’aura pas ma voisine et ce que j’aurai moi c’est un petit bouquet de
fleurs éternelles, plus brillantes que les étoiles, plus parfumées que
l’oranger, plus variées et plus ravissantes que toutes les plus belles du
jardin du bon Dieu. Et ce bouquet-là c’est mon Toto qui me le donnera.
Attrapee ça Besancenote
et baise-moi toi que j’aime de toute mon âme et de tout mon cœur.
Juliette
a « tisanne ».
b « manque ».
c « elle ne durerait ».
d « si non non ».
e « Attrappe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
